1914 Extrait d'un carnet de notes - Auteur inconnu

Ce récit parle de l'année 1914. Je n'ai pas réussi à identifier l'auteur de ces notes : c'est un homme, un fonctionnaire, mais ce n'est pas Claude Saint-Léger. Peut être un proche ?

Contexte historique

Le texte s’inscrit dans les premiers mois de la Première Guerre mondiale, lors de la phase dite de la guerre de mouvement. Début octobre 1914, après l’invasion de la Belgique, l’armée allemande progresse rapidement dans le Nord de la France dans le cadre de la « course à la mer ». La région de Lille devient une zone de combats imminents : Douai est occupée dès le 24 septembre, les lignes ferroviaires autour de Lille sont coupées, et la ville est progressivement encerclée. Le 9 octobre 1914, les autorités françaises ordonnent l’évacuation des hommes valides, tandis que l’armée allemande prépare le siège. Dans ce contexte de désorganisation, d’informations incomplètes et de mouvements rapides de cavalerie, un train d’évacuation civile quittant Lille est pris dans une embuscade allemande à Wavrin. L’épisode illustre la confusion extrême de cette phase du conflit, la violence exercée contre des civils pris dans la zone des opérations militaires, et le début de l’occupation allemande du Nord de la France, marquée par arrestations, regroupements et déportations de populations civiles.

Carte du trajet
Carte du trajet



Extrait d'un carnet de notes

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Le 9 Octobre

vers une heure de l'après-midi, des agents de police passaient dans les rues et prévenaient que par ordre de la Préfecture tous les hommes valides et mobilisables devaient quitter Lille et partir dans la direction de Béthune.

Nous savions Lille presque investie, les Allemands avaient pris possession des gares de Templeuve et de Tournai la veille, Douai était occupé depuis le 24 Septembre, la ligne d'Armentières avait été occupée le matin même.

Après avoir empilé quelques vêtements dans un sac à main, je me dirigeai vers la gare de Lille pour voir si l'ordre de la préfecture s'appliquait également au personnel du chemin de fer.

Un grand nombre d'agents se trouvaient déjà réunis sur le quai : on nous informa qu'il fallait nous conformer aux instructions du Préfet et chacun reçut une partie de son traitement.

Je savais qu'une machine qui devait se rendre à Tourcoing avait été arrêtée en cours de route, des uhlans avaient été signalés de ce côté elle devait revenir à Lille pour assurer un dernier train d'évacuation vers Béthune.

Un train avait gagné cette ville sans encombre dans la nuit et les renseignements recueillis nous faisaient supposer que la ligne était encore libre de ce côté.

Tandis que la plupart d'entre nous partaient à pied par la route, M. Le GOASTER, Inspecteur principal, M. BUZENET, Inspecteur principal adjoint, le caissier de la gare de Lille, porteur d'une serviette contenant 80.000 frs en billets de banque, quelques inspecteurs, environ 250 agents dont certains étaient accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants, M. DELRUE Ingénieur du Contrôle de l'Etat, M. BELLANGER Inspecteur des Postes, quelques postiers et convoyeurs du dépôt de Fives ?

Dans le fourgon de queue une dizaine de sacs postaux avaient été chargés.

Le train partit à 3 heures 50, quelques minutes après, nous passions sans arrêt à Haubourdin, à notre droite la route de Béthune est noire de monde, des évacués qui paraissent assez surpris de voir passer un train.

Près de la gare de Santes, plusieurs personnes dont la garde sémaphore restée à son poste nous font des signaux d'arrêt. Le train s'arrête et nous nous renseignons.

Des territoriaux du 8e nous avisent qu'ils viennent de faire feu sur une patrouille de cavaliers ennemis qui circulent à proximité de la voie ferrée dans la direction de Wavrin.

Nous descendons du train, nos inspecteurs se consultent en vue de décider si nous devons pousser plus loin ou retourner vers Lille ; ils semblent hésitants, il n'y a plus de communications télégraphiques ou téléphoniques entre Santes et Wavrin et on ignore totalement ce qui se passe de ce côté.

Un lieutenant des douanes passe à ce moment, M. Le GOASTER l'interroge, le lieutenant répond qu'il doit s'agir d'une simple patrouille isolée comme il en circule depuis quelques temps à son avis, il ne doit pas y avoir de forces importantes du côté de Wavrin.

Il est décidé que nous essayerons de passer, le mécanicien propose de faire siffler un coup allongé s'il aperçoit une troupe nombreuse ou si la voie ferrée est obstruée.

Le train remorqué par une grosse locomotive Compound, démarre très rapidement, à 500 mètres environ de la gare, nous voyons dans un champ à gauche la patrouille allemande signalée : 5 uhlans qui nous regardent passer........... sans faire de gestes.

Deux minutes après, nous abordons la station de Wavrin et aussitôt le mécanicien donne le signal convenu tandis qu'une effroyable fusillade éclate autour de nous ?

Minutes terribles, le surveillant Blanchart et moi sommes seuls dans un compartiment, nous nous couchons sur le plancher du wagon abrités autant que nous le pouvons par les coussins des banquettes.

Le train criblé de balles dont une atteint la conduite générale au frein Westinghouse ralentit puis s'arrête en pleine gare.

La fusillade redouble d'intensité, les balles sifflent sur nos têtes, les glaces des portières, littéralement pillées, tombent en miettes . En ce moment, mon impression est que pas un de nous n'échappera à la mort.

Nous entendons cependant des portières qui s'ouvrent, certains essayent de s'échapper dans la campagne. Nous nous concertons rapidement, Blanchart et moi et décidons de tenter également de nous enfuir.

Blanchart, atteint d'une balle dans la tête tombe au bout de quelques mètres. Quant à moi, après avoir traversé les voies de garage à toute allure, sous une pluie de balles, je réussis à me blottir dans un fossé assez profond sous une haie qui me dissimule bien.

La fusillade finit par décroître, on n'entend plus que quelques coups de feu isolés tirés sur les fuyards et les hurlements des Allemands qui poussent de véritables cris sauvages.

Je ne bouge pas, mais à ce moment, un des nôtres qui est aussi parvenu à gagner le fossé rampe dans ma direction et me demande à mi-voix de la précéder.

Je lui réponds que la manoeuvre est très dangereuse, sortis de notre abri, nous serons vus un peu plus loin où le fossé est à découvert nous risquons une balle.

Je sors alors du fossé, lève les bras et dis en allemand : "Civils, nicht schalague" deux mots que j'avais lus sur la porte d'une des rares maisons d'Orchies qui avait été épargnée, j'en avais, à ce moment, demandé l'explication et je les avais retenus.

Cette formule m'a épargné les coups de crosse dont beaucoup d'entre nous ont été gratifiés.

Déjà la plupart des voyageurs du train étaient prisonniers, on les avait groupés près de la halle de la petite vitesse.

Quel tableau lamentable, l'aspect du train donne le frisson.

Le mécanicien Olivier, victime de son devoir et de son courage a été tué à son poste, un second mécanicien et un chauffeur gisent inanimés sur le tas de charbon du tender.

La locomotive percée de toutes parts est entourée de vapeur.

Les wagons sont criblés de projectiles, toutes les glaces sont brisées ; par les portières ouvertes, on aperçoit de malheureux blessés qui gémissent doucement sur le plancher du fourgon de queue, deux agents sont couchés et ne donnent plus signe de vie.

Devant notre groupe, un comptable des ateliers d'Hellemmes, M. Bocquillon, la tempe trouée d'une balle agonise, la face tournée vers le sol, à gauche, plusieurs blessés attendent du secours, l'un d'entr'eux est horriblement atteint, son bras déchiqueté est horrible à voir.

M. Delrue, un vieillard aux cheveux blancs a reçu à la tête des coups de crosse qui lui ont arraché tout le cuir chevelu, il saigne abondamment. Heureusement, les femmes et les enfants ont été épargnés, mais ils ne sont pas encore remis de leur terrible émotion.

Une balle a traversé de part en part le chapeau de M. Buzenet, une a tracé un sillon à la hauteur des épaules, dans le pardessus de M. Caron, le caissier qui, bien entendu, a été dépouillé de sa serviette contenant les 80.000 frs.

Les Allemands qui nous entourent, des hussards de la mort et des uhlans, sont très nombreux, de 4 à 500 approximativement ; les hommes nous injurient d'abord très copieusement ; les mots : "Schwein Franzoses" (cochons de français) reviennent le plus souvent

Les officiers sont très jeunes, en général ; beaucoup parlent français, ils ne paraissent pas aussi fiers de leur exploit ; ils émettent même des regrets plus ou moins sincères, prétendant qu'ils croyaient attaquer un train de troupes.

Ils étaient, paraît-il, avisés de la venue de notre train. Comment et par qui ?... Mystère.

Le fait est qu'ils avaient disposé leurs troupes en embuscade, déboulonné la voie afin de provoquer un déraillement au cas où nous aurions pu franchir la station.

On nous interroge pour savoir d'où nous venons et où nous allons ; les officiers paraissent très étonnés d'apprendre que l'on ignore à Lille l'interception de la route de Béthune.

A ce moment, des obus français éclatent sur les premières maisons du village et nous nous demandons, si, après avoir échappé aux balles allemandes, nous allons périr sous le feu des nôtres.

Nous sollicitons alors, des officiers, que les femmes et les enfants soient mis à l'abri et que nos blessés soient pansés.

Il est fait droit à notre demande ; un major vient donner des soins aux blessés ; les femmes et les enfants, laissés libres se réfugient dans une ferme.

Pour ce qui nous concerne, il est décidé que, seul, un officier supérieur peut statuer sur notre cas, et nous devons suivre nos agresseurs.

On nous forme en colonne par quatre ; nous traversons Wavrin, bondé de cavalerie allemande ; toutes les maisons sont fermées ; les volets clos. Il n'y a aucun habitant dehors.

A la sortie du village, on nous arrête sur un accotement de la route ; deux batteries allemandes viennent prendre position tout près de nous et ouvrent le feu à leur tour ; le sifflement des obus est sinistre.

Là, on nous interroge, puis on amène quelques échappés qui ont été repris dans les champs et dans les fermes où ils avaient pu se réfugier.

Après une attente d'une demi-heure, on nous remet en colonne, encadrés par des cyclistes et des cavaliers ; nous partons dans une direction inconnue.

Nous croisons en route des troupes importantes de cavalerie ; à mon avis, nous sommes prisonniers d'une division de cavalerie indépendante, opérant en avant-garde. Ces forces semblent se replier provisoirement, nous sommes prévenus qu'à la première tentative de fuite, nos gardiens ouvriraient le feu sur la colonne.

Pendant une heure et demie, nous marchons dans la nuit noire ; au loin, vers Don et Sainghin, nous apercevons la lueur des incendies.

Enfin, nous arrivons à Allennes-les-Marais ; nous sommes, à ce moment, un peu débandés, coincés entre les maisons du village et l'artillerie qui défile, nous côtoyons des ruelles sombres où la fuite serait relativement facile ; mais la crainte de représailles contre nos camarades nous paralyse ; aucun ne bouge.

Devant l'église, on fait halte ; il paraît que nous allons y passer la nuit.

Des officiers cherchent à se faire ouvrir la porte, mais le curé est absent, le presbytère vide.

La porte de la sacristie est forcée ; on nous fait entrer de ce côté dans la nef de l'église.

Nous sommes environ 200 prisonniers assis sur des chaises et des bancs, tandis que nos gardiens s'installent dans le choeur où ils passent la nuit.

Des femmes du pays viennent nous apporter du pain et quelques fruits ; les soldats allemands remontent de la cave du curé quantité de bouteilles de bon vin, dont ils distribuèrent une partie entre eux.

M. Caron est emmené comme otage par le colonel allemand qui le fera coucher sur une chaise à la porte de sa chambre, en lui disant : "Je serai content de vous si les Français ne viennent pas."

Un officier supérieur vient de nous faire un speech en mauvais français ; il nous annonce que la place d'Anvers est succombée, que la Belgique est, maintenant, entièrement allemande, que les russes sont battus, les Français en mauvaise posture etc... etc...

On nous avise qu'une décision sera prise à notre égard le lendemain, puis remet, à ceux d'entre nous qui ont moins de 17 ans et plus de 50 ans, un laissez-passer pour retourner chez eux (ce papier n'a, d'ailleurs, pas été reconnu valable à Douai.)

Nous restons seuls avec nos gardiens ; j'en profite pour questionner le plus d'agents possible ; il paraît que beaucoup d'entre nous, une soixantaine, ont disparu ; les uns sont tombés tués ou blessés, d'autres ont réussi à se cacher et, peut-être, à s'échapper.

Nos réflexions ne sont pas gaies, mais chacun finit par s'installer, tant bien que mal, pour dormir.

10 Octobre

Dès quatre heures, tout le monde est réveillé ; seuls, nos gardiens dorment encore dans le choeur, allongés sur leurs manteaux ; ils ronflent comme des orgues.

Au jour, des femmes du village nous apportent du café, du pain, des confitures ; quelques allemands, eux-mêmes, nous distribuent le vin du curé et les poires de son jardin ; le vin est délicieux, mais les poires sont vertes.

Vers 6 heures, nous sommes prévenus que c'est à Carvin que notre sort doit être réglé. Nous sortons de l'église ; le village est déjà presque évacué par la cavalerie.

La colonne est commandée par un aspirant officier de uhlans, qui parle difficilement un mauvais français ; il est très autoritaire.

Notre escorte, plutôt hétéroclite, est composée de cyclistes, de dragons et de uhlans.

L'officier demande un guide pour "Carvin" et la colonne s'ébranle.

Nous passons par Annœullin et arrivons à Carvin, dont toutes les rues sont encombrées par de longs convois. Nous espérons voir notre voyage se terminer à la mairie, mais nous passons la Grand' Place sans nous y arrêter.

Les Allemands qui nous rencontrent nous prennent pour des réservistes et ils se moquent de nous : "Malheur, malheur !..." , et ils rient.

Plus au loin, un sous-officier, parlant français, semble s'intéresser à notre aventure, puis il nous dit : "Oh, n'ayez aucune crainte, on ne vous fera pas de mal ; on va simplement vous utiliser pour vous faire enterrer des cadavres et des chevaux."

Quelle impression ces paroles rassurantes nous causent !...

Comme nous arrivons justement devant un champ où il y a de nombreux cadavres de chevaux, nous sommes tous persuadés que c'est à cette répugnante besogne que l'on nous destine.

Les réflexions sont de moins en moins gaies.

Cependant, nous dépassons Carvin, l'officier nous apprend alors que nous allons à Douai. C'est une nouvelle étape de 25 km. nous faisons halte dans un champ à l'entrée de Courrières, mais nul ne parle de nous donner à manger, or, nos provisions sont épuisées, quelques uns ont cependant un maigre morceau de pain d'Allennes qu'ils partagent, on nous apporte un peu d'eau au goût détestable.

Les allemands eux, ont des provisions et prennent leurs repas.

Nous repartons une heure après et rencontrons presque aussitôt des cuisines roulantes. Nouvel arrêt, notre escorte se fait servir un repas chaud, qui ne paraît d'ailleurs pas très appétissant autant que nous pouvons en juger.

En arrivant à Hénin-Liétard, notre appétit aiguisé par la marche, devient impérieux, des femmes nous regardent passer, apitoyées, nous leur demandons de nous donner ou de nous vendre un peu de pain.

Quoique le pain soit bien rare à Hénin-Liétard, ces braves femmes nous distribuent quand même des tartines, c'est autant de moins qu'elles mangeront le soir. Bien entendu, elles ne veulent rien accepter de nous malgré notre insistance.

A la sortie d'Hénin-Liétard, en face des bureaux des mines de Drocourt, où est installé un grand hôpital allemand, l'officier commande une nouvelle halte dans un champ contigu à un grand jardin puis se tournant vers nous, nous dit avec un accent ineffable "Voilà des carottes, c'est très bon des carottes, mangez des carottes".

Nous n'oublierons jamais cette phrase, à partir de ce moment notre gardien chef n'a d'ailleurs plus été désigné autrement que le Lieutenant Carotte. Après le pain sans beurre d'Hénin-Liétard, les carottes crues auraient été vraiment un peu trop indigestes, aussi l'invitation du Lieutenant n'eut-elle pas très grand succès.

Après une dernière étape dans la nuit on nous emmena à la Kommandantur de Douai. Le Commandant de la place, le capitaine de réserve Schroeder, un Bavarois, reçut les explications du Lieutenant. Il nous demanda ensuite de nous séparer en deux groupes, l'un comportant les fonctionnaires, l'autre les agents.

Le premier groupe comportait 10 personnes, le second 187 ; nous ignorions le motif de cette distinction.

Le premier groupe duquel je faisais partie fut appelé au bureau du Commandant qui nous demanda de nombreuses explications et qui finalement parut assez embarrassé sur notre cas, il nous prévint enfin que l'affaire demandait à être instruite, qu'il se voyait forcé de nous tenir à sa disposition et qu'il ne nous était pas possible de rentrer à Lille avant quelques jours sans d'ailleurs nous faire connaître la raison de cette

impossibilité nous devions apprendre plus tard qu'à cette heure même, le bombardement de Lille commençait.

Il décida que nos agents seraient gardés provisoirement dans une école et demanda aux agents de police s'ils connaissaient un logement à nous assigner.

Il n'y en avait pas, le Commandant paraissait de nouveau embarrassé quand l'un de nous le voyant assez bien disposé à notre égard, lui fit demander si nous ne pourrions nous loger en ville en nous tenant à sa disposition.

Il acquiesça aussitôt, sans même nous demander notre parole d'honneur.

Je dois reconnaître que, pendant tout notre séjour à Douai, le Capitaine Schoerarder, architecte à Munich et officier de réserve se montra en toutes circonstances courtois et correct, non seulement pour nous, mais aussi pour nos agents, pour les habitants de Douai et même pour les prisonniers civils et leurs familles. C'est d'ailleurs à lui seul que nous devons notre liberté.

Malheureusement, ses pouvoirs étaient limités, il avait un supérieur Commandant d'étape beaucoup moins traitable, sans compter le Kronprinz de Bavière qui commandait en chef les troupes opérant vers Arras et qui logeait à Douai.

Faute de place dans un des Hôtels de Douai, tous occupés par les Allemands, nous dûmes accepter un gîte aux Galeries Douaisiennes, dans un des dortoirs laissé libre par suite du licenciement du personnel.

Après nos fatigues et nos privations, l'accueil qui nous fut fait nous réconforta tout à fait.

Les jours suivants nous fûmes tenus de nous présenter à heure fixe à la Mairie, l'enquête que l'on devait faire sur notre cas ne fut jamais commencée et au bout de quelques jours, nous étions complètement libres à Douai ainsi qu'une partie de nos agents, tandis que les autres étaient occupés aux travaux de la Ville.

dimanche 11 Octobre

A partir du dimanche 11 Octobre, pendant une huitaine de jours de longues colonnes de civils, dont un grand nombre avait quitté Lille le samedi et avaient été fait prisonniers sur les routes furent amenés à Douai et enfermés dans les Eglises.

Rien n'était plus triste que ce spectacle, les colones étaient grossies de toute la population civile mâle en___ D___. Nous avons vu amener des enfants de 13 à 14 ans et même moins, des infirmes, des vieillards qui pouvaient à peine se traîner.

Maigrement nourris par la Ville qui ne disposait plus de vivres suffisant, couchés sur le sol carrelé des Eglises, les malheureux furent expédiés en Allemagne au bout de quelques jours après un tri hâtif des Majors Allemands.

Le nombre de ces prisonniers passés à Douai peut être évalué à 10.000 au minimum. L'attaque du train, le meurtre de nos malheureux camarades, la mort terrible de nos pauvres blessés qui furent très insuffisamment soignés par nos ennemis. Les souffrances endurées par les prisonniers civils, les traitements honteux infligés aux prisonniers et blessés anglais amenés à Douai nous ont donné une haute idée de la Kulture du peuple qui se proclame le plus civilisé de l'Europe.

A l'heure actuelle, nous comptons 20 morts et autant de blessés sur les 250 voyageurs du train du 9 Octobre.

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